venerdì 4 marzo 2016

POURQUOI A-T-ON DETRUIT NOS BARAQUES?

Il fait tellement froid et je suis tout mouillé par la rosée.... cette nuit je n'ai pas dormi.
Je dois me lever, c'est l'heure de se préparer pour aller à l'école.
Je m'assois sur la natte encore toute mouillée où nous avons passé la nit serrés les uns contre les autres pour nous réchauffer, maman et mes petits frères et petites sœurs.... ma petite sœur dort encore sous les pagnes, maman et les autres se sont levés ... je me frotte les yeux.... je regarde autour de moi ... le terrain où nous habitons me semble devenu immense...




Je regarde les morceaux de nos baraques jetés par terre. On était bien là-dedans au chaud. Maintenant il n'y a plus rien qui nous protège sur nos têtes la nuit. Seulement les étoiles.
Je vois mes amis des autres baraques regarder eux aussi un peu perdus toutes les choses jetées à droite et à gauche.... des morceaux de bois, des planches, des morceaux de tôles, des bidons , des seaux....... Heureusement que mon cartable je l'avais mis ici près de la natte de façon à le retrouver tout de suite en me réveillant. J'en sors ma ténue qui heureusement n'est pas mouillée. Je vais me laver avec l'eau glacée du bidon que maman m'a laissé là-bas dans ce coin, derrière une tôle dressée entre deux bâtons. Je m'habille. 
Je n'ai pas faim. J'ai mal au ventre.

Je vais chercher mes amis et amies des terrains voisins, qui vont à l'école avec moi.
Chez eux aussi tout a été détruit. On a détruit aussi la baraque où il y avait deux jumeaux nouveau-nés. Sur certains des terrains les mamans ont déjà ramassé et rangé leurs bagages, dans d'autres tout est en désordre, on ne sait plus quoi appartient à qui.



J'ai trouvé mes amis assis qui sur une pierre, qui sur une planche en bois..... tous avec les yeux fixés sur les restes de leurs baraques, en silence.
Je suis sûr que eux aussi ils ne savent pas.
Pourquoi nous a-t-on détruit nos maisons? Pourquoi ?

Je sais que eux aussi, comme moi, ils n'osent poser aucune question. Ce sont des choses des adultes et un enfant ne doit pas poser de questions.
Mais moi la question je l'ai dans ma tête et elle ne me laisse pas en paix..... pourquoi ?  Nous vivons ici depuis si longtemps.... moi je suis né ici, sur ce terrain.  Pourquoi juste maintenant sont-ils venus détruire nos maisons ?
Depuis qu'on parle de terroristes qui ont fait des attentats dans des pays voisins les choses ont changé dans notre quartier.. il y a des gendarmes sur la route qui contrôlent toutes les voitures .... il n'y a plus autant de passants comme avant qui venaient dans les restaurants de la pointe et achetaient les cacahouètes et les fruits à nos mamans. Tout est calme et silencieux.
Mais qu’avons-nous à voir avec tout ça ?

Tout est arrivé si vite… avant hier matin, samedi, des hommes sont venus avec les voitures de la municipalité… ils ont dit qu’ils ont eu l’ordre de détruire nos baraques. Nos papas et nos frères plus grands ont essayé de discuter mais il n’y a eu rien à faire, ils ont dit qu’ils nous avaient avisé depuis une semaine et tant pis pour nous si nous ne nous sommes pas préparés en conséquence.
Beaucoup de mamans pleuraient. La mienne avait les yeux rouges comme hier soir avant de dormir ou ce matin quand je l’ai saluée.

Certains de mes amis ont été plus chanceux. Ils ne vivaient pas dans une baraque mais dans une maison abandonnée et celle-là on ne l’a pas détruite.  Mais beaucoup de familles restées sans toit se sont ruées sur elle et à la fin ils ont dormi presque pire que moi, entassés les uns sur les autres.




Ils se préparent pour venir à l’école avec moi. Entre temps je bavarde avec leurs petites sœurs qui essayent de se réchauffer autour d’un fourneau fait avec trois pierres et un peu de bois.
Elles ont froid comme moi et elles sont petites.
J’ai envie de pleurer… tout est triste autour.
Mais voilà qu’arrivent mes amis et lorsque nous sommes sur le point de partir m’appelle Salimata, ma petite cousine préférée avec le bébé de sa tante qu’elle tient dans ses bras.



Elle me dit “bonne école !” et me fait un sourire.
Et tout à coup tout me semble redevenu comme avant … et la journée est devenue belle.